Travail forcé en Allemagne - Il attaque les Prud'hommes
Le tribunal des prud'hommes de Rouen (Seine-Maritime) va rendre sa décision, jeudi 21 mai 2026, concernant l'affaire d’Émile Gosselin, qui a effectué le Service du travail obligatoire (STO) en Allemagne nazie pendant quatre ans. C'est son petit-fils qui mène ce combat en justice pour faire reconnaître "un crime contre l'humanité".
"C'était un secret de polichinelle", assure Damien Gosselin, 42 ans, le petit-fils d'Émile Gosselin. Cet habitant de Oissel a passé quatre ans de sa vie au STO en Allemagne nazie à partir de 1941 pour être conducteur de four ou maçon pour plusieurs entreprises allemandes.
Comme lui, ce sont plus de 600 000 Français, soit 6 % des hommes en âge de travailler, qui ont été envoyés de force dans les entreprises allemandes pour y travailler dans des conditions difficiles, sans rémunération.
Il rentre du STO avec un pneumothorax
Émile Gosselin, décédé en 1974, est rentré en Normandie dans un état de santé déplorable. Il a perdu des dents, du poids et a contracté un pneumothorax.
"J'ai pu constater son certificat de santé, indique son petit-fils. En fait, j'ai appris cette histoire à la mort de mon père. Une entreprise allemande (Benckiser, ndlr) essayait de retrouver d'anciens travailleurs réquisitionnés pendant la Seconde Guerre mondiale pour les indemniser, dont mon grand-père décédé. Ils cherchaient alors mon père et ses frères. Et c'est comme ça que j'ai appris cette histoire."
Les héritiers ont alors pu être indemnisés de 10 000 euros. Mais Damien Gosselin ne voulait pas s'arrêter là. Il est aidé de Me Emmanuel Ludot, avocat au barreau de Reims, qui a aidé de nombreux descendants et survivants du STO à obtenir réparation pour ce travail forcé.
Emmanuel Ludot, contrairement à d'autres avocats qui ont saisi le tribunal administratifcomme l'indiquent nos confrères de Blast, se tourne plutôt vers les prud'hommes. "Je tente d'identifier une entreprise allemande et je demande que le travail forcé soit indemnisé, explique-t-il. Pour contourner l’obstacle de la prescription, je défends l’imprescriptibilité car le travail forcé est de l’esclavage et l’esclavage est un crime contre l’humanité."
144 000 euros de salaires non versés
Dans le dossier d'Émile Gosselin, Emmanuel Ludot réclame 144 000 euros au titre des salaires non versés et 500 000 euros de dommages et intérêts à quatre sociétés allemandes. "Il ne peut être contesté que Monsieur Gosselin n’a pas participé à l’effort de guerre d’une puissance occupante au détriment d’une puissance occupée, mais a bien fourni une prestation de travail au profit d’une économie purement privée", écrit l'avocat dans ses conclusions.
C'est un recours contre des sociétés allemandes qui ont profité du système et qui doivent réparation.
Me Emmanuel Ludot
La décision du tribunal des prud'hommes de Rouen devrait être rendue ce jeudi 21 mai 2026, à 14 heures.
"On oublie une partie de l'histoire"
En parallèle, Me Ludot a fait parvenir deux questions prioritaires de constitutionnalité au conseil des prud'hommes pour faire reconnaître le travail forcé et le principe de recel de crimes contre l'humanité auprès de la cour de cassation. "C'est ce qui est le plus important pour moi, faire reconnaître ce qu'on peut appeler de la traite d'être humain", souligne Damien Gosselin.
Source : France Info - France 3 Région