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L ’ eurodéputée Insoumise Rima Hassan jugée pour apologie du terrorisme

Liberté d’expression ou glorification de l’auteur d’un attentat ? La question sera au cœur du procès de l’élue Insoumise ce mardi au tribunal correctionnel de Paris.

Toutes les deux ont un rendez-vous judiciaire à 13h30 ce mardi à Paris. D’un côté, Marine Le Pen à la cour d’appel pour découvrir l’arrêt - crucial pour son dessein présidentiel - dans l’affaire des assistants parlementaires européens du RN. De l’autre, Rima Hassan au tribunal judiciaire où elle doit comparaître pour apologie du terrorisme devant la 10e chambre correctionnelle.

L’eurodéputée (LFI) âgée de 34 ans est poursuivie à la suite d’un message publié sur son compte X le 26 mars dernier, dans lequel elle citait le Japonais Kozo Okamoto, un des auteurs de l’attentat de l’aéroport de Lod, qui a fait 26 morts et une centaine de blessés le 30 mai 1972 en Israël. Ce membre de l’armée rouge japonaise, condamné à la prison à vie par un tribunal militaire en Israël puis libéré en 1985, reste aujourd’hui une « figure héroïque » pour de nombreux Palestiniens et défenseurs de la cause palestinienne.

Dans son tweet, Rima Hassan a mentionné cette déclaration de Kozo Okamoto : « J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Le tweet était accompagné d’une republication vers un texte en anglais rappelant sommairement qui était le Japonais, ce qu’il avait fait, le tout avec une photo de lui porté en triomphe et faisant le signe de la victoire.

Cette publication - supprimée par la suite - de Rima Hassan n’est pas passée inaperçue. Ses propos ont été signalés au parquet par le ministre de l’Intérieur, puis par l’Organisation juive européenne (OJE) et la Licra. « C’était normal de faire un signalement (…) le tweet de Mme Hassan est grave (…), il n’y a pas d’acharnement », avait à l’époque soutenu la place Beauvau, soucieuse de ne « rien laisser passer ».

« Procès politique » et « principe du droit international »

Soupçonnée d’apologie du terrorisme, Rima Hassan a été convoquée et placée en garde à vue le 2 avril. Ce qui n’est pas passé inaperçu non plus. L’avocat de l’eurodéputée et les responsables de La France Insoumise dénonçant, qui un « dévoiement de la procédure », qui un « procès politique ».

À l’approche du procès, les arguments n’ont pas varié. Interrogé par l’AFP, l’avocat de Rima Hassan, Me Vincent Brengarth, déplore « la criminalisation d’une voix propalestinienne parce qu’elle est forte et qu’elle dérange » et prédit que ce procès sera « majeur du point de vue de la liberté d’expression ». De leur côté, les Insoumis appellent à un rassemblement de « soutien aux voix solidaires de la Palestine » ce mardi à partir de 12h30 sur le parvis du tribunal.

Autre appui avant l’audience, une tribune publiée dans L’Humanité dont les signataires - plus de 200 personnalités d’horizons divers - ne voient dans le message de Rima Hassan que la référence au principe au cœur du droit international : « le droit des peuples à résister à la colonisation et à l’occupation de leur territoire par une armée étrangère ».

La mère d’une victime du 7-Octobre meurtrie

Ce tweet mettant en avant l’auteur de l’attentat de 1972 a pourtant choqué de nombreuses personnes. À commencer par des victimes du terrorisme, telle Julia Benayoun, dont la fille d’Ortal Benayoun a été assassinée à 24 ans par des terroristes du Hamas lors du Festival Supernova, le 7 octobre 2023 en Israël. Cette Franco-Israélienne meurtrie par les propos incriminés entend se constituer partie civile ce mardi à l’audience.

« L’ensemble des victimes de tous les attentats de manière indifférenciée subissent un préjudice direct et certain lorsqu’une prévenue, telle Madame Rima Hassan, glorifie ces crimes », développe Me Emmanuel Ludot, avocat de Julia Benayoun. Le même considère que l’eurodéputée n’a « pas exprimé une opinion divergente » et que ses propos ne sont « pas intervenus dans le cadre d’un débat historique, mais s’adressaient à des militants dans une perspective avec un projet politique violent ». Me Ludot en déduit que les deux critères (opinion divergente, débat historique) ne sont pas réunis et ne peuvent « en ce cas pas disculper » Rima Hassan.

« Il ne s’agit pas de contester une opinion politique, ni d’empêcher le débat démocratique sur le Proche-Orient, mais de rappeler qu’en France, la liberté d’expression connaît une limite claire : on ne justifie pas, on ne glorifie pas, on ne banalise pas des actes terroristes ou leurs auteurs », indiquait sur son site l’Observatoire Juif de France, à l’approche du procès.

De son côté, Me Vincent Brengarth va plaider la relaxe au nom de la « liberté d’expression et contre les tentatives de faire taire les voix propalestiniennes ».

Source : Le Parisien