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Affaire MURRAY

"S’agissant de la décision obtenue par les fans de Mickaël JACKSON :  j’ai travaillé de manière désintéressée compte tenu du caractère exceptionnel de cette procédure.
Cette décision est une première mondiale." 
Me LUDOT Emmanuel

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Incarcération de Nicolas SARKOZY - "Il faut arrêter les larmes"

Incarcéré depuis le 21 octobre dernier à la prison de la Santé à Paris, l'ancien président de la République bénéficie de conditions particulières. L'un des avocats de l'association Robin des Lois a saisi le tribunal administratif pour savoir si ces conditions avantageuses constituent une discrimination envers les autres détenus.

Alors que l'administration pénitentiaire a refusé à deux députés LFI de visiter la prison de la Santé, ce lundi 27 octobre 2025, un des avocats de l'association Robin des Lois a saisi le tribunal administratif pour savoir si les conditions de détention de Nicolas Sarkozy constituaient une discrimination envers les autres détenus.

"Une cellule, c'est 9 mètres carrés, c'est prévu pour une personne, mais généralement, ils sont trois, voire quatre et donc il y en a un ou deux qui dorment sur un matelas à même le sol. C'est ça, la vie en maison d'arrêt". François Korber ne décolère pas.

En France, la surpopulation carcérale est très préoccupante. Au 1ᵉʳ septembre, elle dépassait 200% dans 24 établissements, et 150% dans 66 autres, selon le dernier rapport du ministère de la Justice.

Le délégué général de l'association Robin des Lois poursuit : "Avoir une cellule individuelle, c'est déjà un privilège. Pour un président de la République, on peut le comprendre, mais là, il faut arrêter les larmes sur les conditions de détention de Nicolas Sarkozy, c'est insupportable".

Détenu depuis sa condamnation le 21 octobre 2025, Nicolas Sarkozy est le premier président de la République à être incarcéré. Le dernier, c'était Philippe Pétain. Alors la prison de la Santé a dû s'adapter.

Cellule individuelle, trois parloirs par semaine et téléphone à volonté, deux officiers de police seront même présents, 24 heures sur 24, dans une cellule contiguë, pour assurer sa sécurité.

Le juge administratif saisi

L'administration pénitentiaire en a-t-elle fait trop ? L'association Robin des Lois, par la voix d'un de ses avocats, Maître Ludot, du barreau de Reims, a décidé de saisir le juge administratif sur la question. "Dans les prisons, ça commence à chauffer", explique François Korber. "Les situations d'injustice, ça met la rage, alors il est temps de venir constater de la réalité de la vie en prison."

L'ancien chef de l'État a été placé à l'isolement, c'est-à-dire qu'il ne croisera jamais les autres détenus. Pas de risque, donc, d'être pris à partie par un autre. Vu de l'extérieur, l'isolement pourrait apparaître comme une sanction, mais il n'en est rien.

La surpopulation carcérale est telle dans les maisons d'arrêt, que "certains détenus demandent eux-mêmes à être placés à l'isolement, et même parfois en quartier disciplinaire, juste pour échapper à la promiscuité. Quand on est quatre en permanence, dans un espace prévu pour un seul, forcément, ça dérape. Les cris, la violence, l'absence d'intimité même pour aller aux toilettes, c'est ça la prison".

Souvent, lorsqu'on est placé à l'isolement, on peut souffrir de ce que les spécialistes appellent "la torture blanche", quand vous ne parlez à personne pendant un temps long. "Nicolas Sarkozy n'est pas près d'en souffrir, il a des visites tous les jours", s'exclame François Korber.

C'est l'autre point noir de la vie carcérale, les parloirs. En maison d'arrêt, les parloirs sont très organisés. "Ce n'est pas la faute de l'administration pénitentiaire, il n'y a pas assez de personnel en fait". Mais quand on est en prison, on vit toujours dans l'attente du prochain parloir.

Les parloirs engorgés par les visites à l'ancien président

L'incarcération de Nicolas Sarkozy a paralysé tout le système. Déjà, il a bénéficié d'un parloir dès le lendemain de son arrivée, ce qui est loin de la réalité vécue par les autres détenus. Mais surtout : "Il a droit à trois parloirs par semaine, donc à ces moments-là, tous les autres détenus doivent réintégrer leurs cellules, et si c'est au moment de leur heure de promenade, tant pis pour eux, elle est annulée".

Même conséquence pour les familles des détenus : "elles doivent s'inscrire à l'avance, un jour dans la semaine, pour demander un parloir. Là, la mère de famille n'arrive plus à voir son fils, tous les créneaux sont complets !".

Faire cesser l'indignité de la vie carcérale

Ce qu'espère l'association, un réseau qui rassemble tous ceux que la thématique intéresse, c'est que cette situation soit mise au jour. Et que l'indignité de la vie carcérale cesse. "Le problème touche essentiellement les maisons d'arrêt", explique François Korber. "En centre de détention (pour les plus longues peines), ça va beaucoup mieux, car là, c'est une cellule pour un détenu, pas plus".

Ce qui a décidé l'association à demander un constat du juge administratif, c'est le battage médiatique autour de l'incarcération de l'ancien président, et notamment l'annonce par le Garde des Sceaux Gérard Darmanin de sa prochaine visite à Nicolas Sarkozy. "Qu'il vienne le voir, comme tous ses anciens amis, à titre privé, c'est normal. Mais en discrétion. Là, il y va en tant que Garde des Sceaux, alors qu'il est garant de la Justice en France !".

La question du traitement médiatique

"On dit n'importe quoi sur les conditions de détention de Nicolas Sarkozy", ajoute Maître Ludot. L'avocat a également saisi l'ARCOM, le régulateur de l'Autorité de régulation de l'audiovisuelle, "BFM TV et CNEWS se sont muées en plateformes autoproclamées de la défense de l'ancien président de la République, mettant en cause le service public de la justice et pourfendant les magistrats du Siège", écrit-il dans sa saisine.

Pour l'avocat rémois, "le régime carcéral de l'ancien président de la République constitue à l'évidence un régime d'exception, discriminatoire par rapport à la situation générale de l'ensemble des personnes purgeant une peine privative de libertés".

Les avocats de Nicolas Sarkozy ont déposé une demande de mise en liberté, alors Maître Ludot prévient : "si on le met dehors, je ferai la demande de mise en liberté pour l'ensemble de mes clients qui ont été condamnés. Avec mes confrères, on va inonder les tribunaux de demandes de liberté".

La saisine du tribunal administratif de Paris s'étant fait en référé (procédure accélérée), la décision devrait être connue rapidement. Le tribunal administratif de Paris a également été saisi par le groupe parlementaire de La France insoumise concernant le refus de visite de la prison de la Santé.

LUDOT Emmanuel - Avocat

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